15 décembre 2008

Nature Morte et Evasion

     Je m’étais arrêté dans ce relais sans trop de conviction, je m’étais juste avancé, engouffré et assis à la première table trouvée. La pièce, où les ténèbres nocturnes tentaient désespérément d'entrer, était éclairée par l’éclat simple de la blanche lumière des néons. Des reflets froids sur les tables d’argent qui masquent les yeux d'un bandeau noir. D’autres corps humains, cernés par un silence audible, ne laissaient échapper que des murmures.

     Telle une brise qui s’écrase contre une montagne en feu, leurs paroles se jettent contre mes tympans insensibles. La chaleur du café déborde de ma tasse pour finir, en une brume, dégoulinant contre les fenêtres de glace. Mes pensées, elles, courent par delà la nuit in-finie vers les contrées ensoleillées et vertes. Elles se couchent, sur le fin tapis de ce paradis rigolant du Monde Métallique et Sombre qui se cache derrière la lourde fumée de ma cigarette, juste de l’autre côté.


Nature Morte.

« Nous nous moquons de ces yeux mélancoliques fixés sur Après,

 Tristes du Passé.

 Nous Vivons,

 Heureuses, dans le Beau.

 Orchestrées par tes vagues enjambées stellaires,

 Toujours bien assises contre les dernières défenses de ta timide folie.


 Nous n’avancerons plus, maintenant que nous sommes consolées

 Et tu peux mourir,

 Fatigué,

 Dans ces bras grands ouverts. »


     J’étais pris au piège, cruellement. Brusquement bloqué dans les filets de mes fantaisies spirituelles. Les mêmes que j’avais toujours poussées s’arrêtaient maintenant, jetaient une ancre d’une lourdeur charmante à la frontière d’une clarté à portée de mes doigts filandreux.

     Plus un pas ne m’est permis par mes sœurs ennemies. Jamais je n’ai appris à profiter d’une escale, jamais je n’avais fait escale. Je suis pourtant bien installé et ma vigueur peut enfin se reposer et calmer ses ardeurs mal dirigées. Mes jambes fourmillantes refroidissent enfin et ne dansent plus sur la vague de l’incontrôlable pulsion. Maintenant fixé à bon port, je vais pouvoir délivrer mes fantasmes de leurs cages solitaires. J’enlace Mon Amour Naturel, Opalin et Nu, et réalise mes rêves presque oubliés.


Evasion.

« Dans un espace sans substance, pudique et limpide.

 M’envole sous son aile infinie,

 Un son miroitant un bleu profond.

 Mon enfant s’élance,

 Joyeux, frivole : Naïf,

 Dans une course sans but.


 Moi, Père de cette esquisse de Vie,

 Déjà attablé à un cadre,

 Je ne peux que voler des yeux en le regardant grandir

 Dans mes bras.


 J’abandonne l’ancienne toile,

 Et brandit de nouveau mes poings peinturlurés.

 Ça commence maintenant, pour moi. »


J’étais de nouveau sur l’autoroute, les lignes traçant, sous mes pieds, des montagnes en cristal blanc.                                 

Les Yeux sur la Route Et les mains sur le volant, je roule et roule, les lumières tournent au-dessus et le Noir me tend ses bras.


Matthieu Brise, le 15 Décembre 2008.

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